Valentin Abel

Lame de Rasoir

«  Putain de merde »
Le lycée est, dans notre société actuelle, la passage quasi obligatoire pour rentrer dans la vie adulte, devenir responsable. Ainsi, chaque année, des millions de futurs dépressifs viennent trimer quelques années dans ce palace crasseux. Les murs tantôt blanc tantôt rouge ont vu défilé une palette haute en couleur d'adolescents, des intello boutonneux stéréotypés aux poufs soyeuses et superficiels. Il faudrait plus d'une vie pour décrire la scolarité de milliers d'autres.
Les toilettes sont elles un étrange lieu de rencontre, où les baises et les pleurs sont presque aussi souvent accueillis que les satisfactions physiques. Les âmes perdues viennent ici y trouver un réconfort, où plutôt une agréable solitude. Dans les couinements ils semblaient crier intérieurement : « J'aime être seul ! »
Je passais par là. Par hasard. Je devais retrouver un ami boutonneux dans quelques minutes, alors j'attendais près de la monstrueuse machine à café, me fixant de ses deux mètres avec ses yeux café et thé. J'avais l'impression qu'un allemand gammée me surveillait du haut de son mirador. Je ne me doutais de rien. La porte d'une des latrines étaient entrouvertes, par laquelle j'entendais une personne hurlant en silence. Mais je ne voulais pas m'en occuper.
Le couloir était quasiment vide, la statue électronique continuant de me regarder. Si j'avais ne serait-ce qu'un pied de biche cela ferait longtemps que cette monstruosité disparaîtrait dans les méandres métalliques. La bonne femme, car de ses reniflements je pouvais deviner que c'était une femme majeur, se tut.
Le silence avait maintenant envahi le lycée. Je regardai mon portable. L'inconnu hurla et son corps Mcdonaldien s'écroula, heurtant dans sa chute brusque les toilettes.
« Qu'est-ce ... »
Je ne sais pas pourquoi, mais un élan de générosité, où plutôt de curiosité, a pris le contrôle des mes jambes et m'a fait traversé les quelques mètres me séparant des toilettes. Qu'est-il arrivé pour qu'une boulimique s'écroule par terre ?
La pénétration dans la salle bleuâtre me fit comprendre que le reste de ma vie allait être chamboulé. Devant moi une femme espérons enceinte s'était ouvert les veines avec ce qui ressemblait a une lame de rasoir. La première chose qui me passa par l'esprit n'était pas le corps gesticulant se vidant de son sang, mais le fait qu'une femme se retrouve avec une lame de rasoir en plein lycée, alors qu'un couteau aurait été d'une meilleur aise pour se suicider. Je crois qu'une peur inconnue m'avait paralysé, et me détournait par mon cynisme de la femme que je devrait, du moins pourrait, sauver. Nos regards se croisèrent. Elle ne parlait pas. Ses yeux étaient d'un bleu magnifique, reflété par cette eau qui lui floutait sa vision. « Lame de Rasoir » ne savait surement pas que j'étais présent, ne voyant qu'un ange de la mort. Il est vrai que mes vêtements noirs ne présageait rien de bon. « La Faucheuse » est venue te prendre, alors ouvre tes bras que mon enlacement éternel couvriront.
Mon empathie est aujourd'hui au point mort. Et je me suis toujours posé la question de savoir si laissé mourir quelqu'un était un acte de faiblesse où de charité. Je n'aurais pas la réponse aujourd'hui. Ma générosité curieuse m'a trahie est s'est envolée, ne me laissant que ma couardise, ma stupidité et mon courage, et ce n'est pas le dernier qui prime.
Je suis comme enciré devant la cabine.
« Putain de merde »
Mes mains bougèrent toutes seuls, retirant ma chemise, découvrant mon torse. J'avais un petit tatouage en forme de pentacle sur les abdomens. Mon corps eut un frisson. J'appose le bout de tissu sur la plaie ouverte, recevant deux trois gouttes du sang dans ma face. « Salope ! ».
Elle commençait à se vider de son sang. Il ne lui restait que quelques dizaines de secondes si je n'étais pas arrivé. Et maintenant, je suis bloqué, agenouillé, appuyant sur un bout de chemise, tenant sans euphémisme la vie d'une truie ensanglantée dans ma main. L'odeur s'échappant des toilettes était à la limite du supportable. Cette donzelle a oublié de tirer la chasse avant de faire ce suicide manqué. Putain elle fait rien de bon aujourd'hui. Mon bras gauche, le seul libre, était trop loin du poussoir permettant d'envoyer cette mauvaise odeur a son paradis égoutier.
Lame de Rasoir venait de se rendre compte que quelqu'un était à coté d'elle. Son bras, engourdi par le manque de sang, ne ressentait presque rien. Elle ouvrit doucement les lèvres, et je vit un bout de ses dents pourris par le tartre. Son haleine fétide parvint jusqu'à mon nez.
« Qui … qui … est tu ? ... »
« Vaut mieux que tu te taises »
Je ne disais pas ça par prévention où pour lui éviter de ce fatiguait, mais je n'aurais pas put tenir plus longtemps si je respirais cette odeur infecte. J'entendis près de moi la machine au café vibrante. Même dans la pire des situations cette enfoirée colorée se moquait de moi. Pied de biche si tu es là tape trois fois.
Mon portable vibra. Le mouvement, bien qu'infime, faillit me faire sauter en arrière, ne m'attendant pas à l'appel d'un ami alors qu'une truie suicidaire venait de passer à l'acte. Ma main gauche était la seule libre, alors, d'un mouvement d'une souplesse et d'une lenteur incroyable, je descendais mon bras au niveau de ma poche droite. Lame de Rasoir me fixait, ne bougeant plus, respirant à peine, clignant des yeux de moins en moins souvent.
« Tu devrais répondre », dit elle
« Tu devrais la fermer »
Ma réplique fit mouche. Ses lèvres se fermèrent, fermant le visage béant qui hantait mon regard. Je continuais d'appuyer avec toute ma force sur la blessure. Le sang ne coulait plus. Pour l'instant.
Je réussis à saisir mon téléphone portable, manquant de le faire tomber durant une de ses vibrations.  Le visage d'Ami Boutonneux était affiché en gros sur l'écran, clignotant. Il aurait déjà dut être là. J'entendis un pas. Puis un autre. Et un dernier. Ce n'était qu'Anonyme qui déambulait dans le couloir central. Je mis le portable a mon oreille droite. Mon bras croisant mon torse m'empêchait de voir la face livide de Lame de Rasoir.
« Allo ? » dit une voix faible dans le combiné
«Qu'est-ce que tu fout ?» répondais-je
« Ça va calme toi ! »
« Me … CALMER!? »
Ma voix fit écho dans tous le couloir de la machine au café « miradorienne », et s'éteignit dans le silence indifférent de la solitude. J'étais seul avec cette créature informe qui s'est ouvert les veines et cet toilette puant la merde vieille de quelques jours. Ami Boutonneux ne répondit pas directement, se délectant surement de mon haussement si mélodieux de voix et de son raisonnement assourdissant à travers les cabines.
« Qu'est-ce qu'il se passe ?»
« Où es tu ? »
« Finalement j'ai une heure de conduite alors je suis en route, désolé »
« Ben moi j'ai devant moi une quasi-suicidée »
« Tu déconnes ? »
« Bien sur j'ai que ça a foutre ! »
Ami Boutonneux croyait surement que sauvé une suicidée c'était je cite « Méga Cool ! » alors que la vraie charité reviendrait à la laisser mourir. Je ne suis qu'un sadique, sentant le flux de sang revenant doucement dans le bras ouvert et profitant de la déchéance d'une femme ne voulant que mettre fin à ses jours. Mais, vois-tu sale connasse, ma conscience m'aurait fusillé a vu, repassant sans fin l'image du corps de Lame de Rasoir pris de spasmes de plus en plus court. Non, ce n'est pas par altruisme que j'ai apposé ma main sur la blessure.
« Arrête tes conneries ! »
« Putain grouille toi ! »
« T'es dans la merde »
Un doux sourire flotta sur mes lèvres, passant rapidement, dans un souffle léger. Ce n'est pas la catastrophique pertinence que croyait apporter Ami Boutonneux à ma situation qui mit une pointe de joie dans mon visage tiré par le stress mais le double sens remplit de justesse de cette phrase. Elle me fit repenser à la merde qui avait envahi les toilettes. Déjà mon esprit imaginé voyait les soldats excrémenteux hurlant fonçant sur les gardiens de la propreté, s'en suivant une bataille épique sous fond de Lux Aeterna que les défécations avaient gagné.
« Tu crois ?! »
« Mais je suis désolé je peut pas revenir ! »
« Alors appelle les pom.... »
Un petit bruit sonna. Ami Boutonneux n'avait plus de batterie. Il aurait put, au moins une fois dans sa vie, faire quelque chose d'autre que se curer le nez en cachette et se branler en gémissant de faux plaisir. Mais ce gars n'est vraiment bon à rien. Comme Lame de Rasoir. Vous m'avez vraiment pourrit ma journée.
Mon portable affichait dans un dernier écran bleuté l'heure. Je ne la regardai même pas. Mon esprit cherchait à trouver une solution pour me sortir de cette merde – nouveau sourire – mais je n'arrivai à rien de cohérent. Mon esprit se perdait dans des dédales absurdes, et essayait quand même de monter au mur des culs de sac. J'en oubliai presque la fille bougeant à peine que j'étais en train de sauver. Une idée aussi lumineuse que le store grésillant au dessus de moi me vint à l'esprit.
« Comment tu t'appelles ? » demanda une voix faiblarde accompagné d'un relent terrifiant de senteur fétide.
Lame de Rasoir venait de l'ouvrir. Elle me fixait à présent, du moins avait posé ses yeux sur les miens. Je ne l'entendis pas, mais l'odeur nauséeuse me sortit de ma torpeur spirituelle
« Quoi ? »
Ma question résonna jusqu'au mirador grésillant. Comme entendant ce mot soupçonné d'un désespoir naissant, le néon oscillant, ainsi que toutes les lumières à des mètres à la ronde, s'éteignirent en même temps. Lame de Rasoir eut un petit cri étouffé de surprise.
Les lumières étaient dirigées par des détecteurs de courant, destinés à s'éteindre au bout de six minutes s'il n'y a aucun mouvement. Ces détecteurs sont posés à l'entrée des toilettes, à la sortie de secours et aux robinets. Si un élève a le malheur de chier pendant trop de temps, il se retrouve piéger dans une cabine obscure, ne voyant même plus le Pq au doux toucher pour seulement 1 euros 99. Mais aujourd'hui, à ce moment précis, c'était moi et Lame de Rasoir les élèves bloqués dans une cabine, chiant dans le noir dans l'espoir qu'un élève lambda pénètre dans les toilettes pour que la lumière salvatrice revienne.
Mon bras s'engourdissait peu à peu, et j'avais du mal à sentir mon appuie sur le bras rouge de Lame de Rasoir. Le seule chose que j'arrivai encore à sentir avec discernement était la putride odeur se dégageant des chiottes. Une nausée prenait doucement le contrôle de mon estomac.
Lambda tardait à se montrer, alors je décidai de mettre l'idée la plus logique qui m'a traversé l'esprit. Ouvrant la bouche, respirant à m'en faire éclater les poumons, je finit par hurler :
« J'AI BESOIN D'AIDE ! VENEZ NOUS AIDER ! »
J'entends un ricanement sardonique. C'était l'allemand guetteur. En entendant ce désespoir, il avait chargé son fusil, et maintenant s'approchait de moi en riant. Personne d'autre ne m'a entendu, à part évidemment Lame de Rasoir.
« Il .. n'y a personne » murmure la suicidée
« Oh putain tu vas pas recommencer à parler ! »
« Tu préfères attendre dans le silence et dans le noir ? »
« Oui, je préfère ça que sentir ton haleine »
Pourquoi ai-je dit ça ? Lame de Rasoir ne veut qu'une chose : mourir. Je venais de lui donner une flagrante porte de sortie. Elle prit la plus grande respiration qu'elle pouvait, et souffla en plein sur mon nez.
« Arrête ça salope sinon ... »
« Sinon quoi ? » demanda t-elle, amusé.
La seule menace possible était de tué quelqu'un, mais cela aurait été d'un ridicule. Lame de Rasoir n'avait plus aucun instinct de survie, mais seulement une envie folle de mourir. JE VEUT MOURIR ! Elle avait décidé qu'aujourd'hui, sous l'œil envieux du ciel grisâtre et des néons noircissant, elle allait celer son destin et celui de son éventuelle enfant par un pacte secret entre elle et la lame rougeoyante. Lame de Rasoir avait faillit réussir, mais elle ne pouvait prévoir qu'un débile comme moi viendrait la sauver et arrêter le plus bel acte de sa vie.
Elle arrêta de soufflé, comprenant que son acte ne me faisait que tituber et m'entraîner vers un hypothétique vomissement, ajoutant une troisième odeur à ce ballet de senteurs. Lame de Rasoir se tut également, écoutant le mirador
iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii
J'essayai quelques mouvements de bras gauche pour atteindre un détecteur de mouvement, mais j'étais trop loin. Mon bras droit commençai à me faire souffrir.
10 minutes étaient passées.
Je grattai mon nez. Une fois, deux fois. Mon petit grattement rompait le monologue incessant de la machine à café.
« Qu'est-ce que c'est ? » demanda t-elle
« Je me gratte le nez ! »
« Tu te grattes le nez ? »
« Oui ... »
« Ok »
Ce petit dialogue me fit sourire.
« Ne t'inquiètes pas à chaque fois que tu entends un bruit ! »
« Je ne m'inquiète pas ! »
« Bien sur, et tu ne vas pas me dire que ta voix n'était pas paniquée ? »
« Ben nan »
Elle n'était pas paniquée. Je sentais doucement sa voix diminuer, se perdant dans son souffle. Lame de Rasoir se tut.
iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii
C'est alors que Lambda finit par sortir du noir, frappant le sol avec ses baskets noirs. Il était seul, et marchait d'un pas tranquille vers la sortie. Le couloir du mirador s'illumina, les lumières ayant détecté ce Jésus sortit de nulle part. Je me préparai à crier, crier comme jamais je n'avais crié. La douleur pesante dans mon bras et l'infecte odeur aurait enfin une échappatoire.
Jésus s'arrêta en lâchant un Allo, et fit demi-tour. Mon corps svelte tituba, ne s'étant pas préparé à ça. Je finit par hurler, mais pas assez fort. Jésus continua son chemin.
L'Allemand ria. La colère me prit. Je serrai mon poing gauche, et faillit enlever de la blessure coagulée ma main droite. Lame de Rasoir ne dut son salut qu'à mon engourdissement. 10 longues minutes de quasi-paralysie avait entraine une baisse de mon activité musculaire, et à présent des fourmis se baladaient tranquillement dans tous mon corps.
Il y avait un point positif à cette désastreuse péripétie. La lumière du couloir du mirador était allumée, et le resterait encore pour six minutes. Ce n'est pas grand chose, mais il fallait savoir en profiter. Je grattai mon nez. Lame de Rasoir ne me regardait plus, essayant de voir les chiottes qu'elle avait laissée dans un état désastreux
« Oui, tu as oublié de tirer la chasse » lâchai-je
Elle me regarda. Son visage était livide, mais n'enlevait rien à son étrange beauté. Son nez avait coulé, de la morve descendant jusqu'à sa bouche. Cet étrange fil était lumineux, se reflétant dans les lumières du couloir. Ses lèvres remuaient, dans l'espoir de trouver une réplique a ma remarque.
« J'aurais peut-être du ... » dit elle difficilement
Je me grattai le nez. Je ne sais pas si elle voulait ajouter dans cette phrase une pointe d'ironie, mais ces quelques mots étaient une première victoire. Lame de Rasoir prenait doucement conscience qu'elle allait s'en tirer, et qu'après cette désastreuse tentative la vie continuerait. Peut-être pour peu de temps, mais le combat n'en était pas à son dernier round.
Pauvre fille.
« Tu aurais du, je t'assure ! C'est très long 11 minutes dans une telle puanteur »
Elle me regarda, essayant en vain de voir les traits de mon visage à travers ses larmes.
« Quel est ton nom ? » demanda t-elle
J'entendis de nouveau des pas. Un Lambda. Non, deux. Ils se dirigeaient en riant vers le mirador. C'est ma dernière chance. L'Allemand rira de moi à nouveau si je les laissent partir. 3 ...2 … 1
« VENEZ M'AIDER ! VENEZ M'AIDER !»
Ils se turent. Ils m'ont entendu.
iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii
C'est alors que j'aperçus les visages illuminés de deux inconnus.
Le premier, Veste blanche, a encore son portefeuille dans les mains. Il s'apprêtait à sortir quelques centimes par lesquelles le triste mirador redevient une simple machine de café. Veste Blanche avait un petit sourire en coin, s'attendant surement à une image comique.
Le second, Cheveux Gras, avait un œil verdâtre et l'autre bleu, entouré d'une auréole rouge. Il portait un pull blanc taché.
Ils me regardèrent avant de se rendre compte de la femme couchée baignant dans une flaque de sang. Veste Blanche fut horrifié, au bord du vomissement, croyant surement voir un assassin et sa victime. Cheveux Gras ne bougeait plus, paralysé de la même peur qui m'avais douze minutes plus tôt encirée.
Le nombre d'élèves dans ce lycée avoisine les 1300. Si les statistiques me donnent me raison, au moins l'un d'eux a un portable avec du crédit. Lame de Rasoir eut un mini-spasme. Veste Blanche sursauta alors, comprenant que je n'étais pas un assassin.
« Vous avez un portable ? » demandai-je.
Aucune réponse des deux débiles. Ces deux autistes restaient fixés tel des statues grecs dans leur position tragique, puant la tristesse et dégoulinant d'excitation. Ils s'étaient perdus dans leurs pensées oxymoronique, ne sachant plus quoi faire. Veste Blanche troqua son soulagement pour une stature grave, alors que Cheveux Gras restés dans son élément, c'est à dire l'absence totale de mouvement. J'ai même faillit vérifier les miroirs au dessus des robinets de peur que Bloody Mary soit apparue.
« Vous avez un portable ? »  répétai-je sous l'œil étrangement amusé de Lame de Rasoir
J'essaye de te sauver pétasse.
« De quoi ? »
La voix aigu et horripilante d'un des deux compères de la stupidité retentit. Je fixai à ce moment le nez de Lame de Rasoir. iiiiiiiiiii
« VOUS AVEZ UN PUTAIN DE PORTABLE ?! »
Plonge au fond de ta caverne et trouve ton animal porteur de force
« … J'en … ai ...un » bégaya Cheveux Gras.
Une nausée me prit, me rappelant l'existence du peuple des merdes. La tête me tourna pendant quelques secondes, sous le regard intrigué de Cheveux Gras et Lame de Rasoir. Je reprit mes esprits et gueula
« Grouille toi d'appeler quelqu'un ! »
Comme je m'y attendais, il chercha à tâtons son portable.
« GROUILLE TOI ! »
Je me grattai le nez. Cheveux Gras trouva son portable, et tapa un numéro à deux chiffres. Veste Blanche continuait quand à lui sa suite de mimétisme des plus grands acteurs. A vous de jouez, il ne vous reste que cinq minutes pour découvrir l'acteur connu étant souvent dans cette position : yeux doux et corps immobile. Un indice pour nos spectateurs Jacqueline ? Mais bien sur Jean-Jacques. Cet acteur au combien connu est l'homme qui a dit la phrase aussi célèbre que lui : « Wippi ... »
« RÉVEILLE TOI L'AUTISTE ! » criai-je sur Veste Blanche
Mon cri le sorti de sa stupeur et arrêta de fixer les yeux bleus de Lame de Rasoir. Il me regarda.
« Quoi ? » demanda t-il
« Va tirer la chasse ! »
Veste Blanche ne réfléchit pas. Il s'approcha des toilettes infestées mais ne put empêcher une nouvelle absence en voyant qu'il devrait enjamber Lame de Rasoir.
« Putain de merde »
Le speech incessant du mirador n'était interrompu que par les quelques mots effémines de Cheveux Gras. Je l'avais même entendu répondre « Non, pas Madame ...
OH PUTAIN !
Une crampe apparut soudainement dans mon bras droit, me défonçant le membre. Un hurlement perçant résonna dans le lycée, tirant de sa bulle imaginaire Cheveux Gras. Je faillit bouger mon bras , par réflexe, mais ma raison sauva la vie de Lame de Rasoir au dernier MOMent. Je devais affronter cette douleur, seul, comme elle avait souffert DE CETte Lame de Rasoir. La douleur ne s'estompait pas au bout de quelques secondes, et mes cris ATTEignirent des aigus pouvant presque s'apparenter à une jouissance.
PUTAIN !!!
Lame de Rasoir me fixait, les yeux grands ouverts, tout comme Veste Blanche. Mon nez me gratta. Tous ce flot de sensations différentes m'EMPÊchaient de réfléchir correctement. Quel main pour gratter ?
PUTAIN !!!
Mon nez me grattai de plus en plus, tous comme cette douleur me détruisait le bras. Mes doigts s'activaient en lenteur. « Je suis à Malraux » murmurai une voix à présent lointaine. iiiiiiiii . Les deux témoins de cet étrange spectacle eurent alors un final chef d'oeuvrique. Ma main droite se souleva difficilement pour gratter mon nez. La blessure rougeoyante se remit à couler, tâchant ma chemise déjà souillée.
Une seconde
Deux secondes
Trois secondes
Quatre secondes
Mon lent temps de réaction donna lieu à une action rapide. Ma main se reposa sur ma chemise. Les yeux de Lame de Rasoir venait de se fermer, une petite larme coulant le long de sa joue. Veste Blanche, quand à lui, eut enfin la force de faire un pas. Tu seras mon héros de toujours. La crampe s'arrêta miraculeusement par ce mouvement. La puanteur, quand à elle, revint plus infecte que jamais, dans mes narines
« Écoute petit trisomique, dis-je calmement, tu vas faire un pas et, comble de l'originalité, tu vas en faire un deuxième. Ensuite tu vas enjambé cette grosse truie de merde, et après tu vas tirer la chasse ! »
Cheveux Gras, dans le couloir, raccrocha, mais continua une discussion avec un pion, ayant surement entendu mes cris de jouissance. Leur discussion ébruitait le bruit du mirador, et je n'entendais plus l'Allemand. Veste Blanche, bien que vexé, enjamba Lame de Rasoir et tira la chasse.
Lame de Rasoir ouvrit doucement les yeux.
« Putain de merde tu n'es pas morte » dis-je avec soulagement, ce qui arracha un sourire à Veste Blanche.
« Non .. pas … encore … désolé » répondit elle
Son état psychologique s'améliorait, pouvant faire de l'humour sans problème.
« Alors … tu … vas … me … dire … ton … nom ? » souffla t-elle, au bord de l'évanouissement
L'odeur de merde s'en est allée, laissant le soin à l'haleine de Lame de Rasoir de me pourrir mon odorat. Juste avant d'apposer ma chemise sur sa blessure, j'avais estimé qu'il ne lui restait qu'une bonne dizaine de secondes avant que le sang perdu soit irrécupérable et qu'elle aille joué les martyrs en Enfer. Je venais de lui en offrir quatre, et goûterai bientôt au plaisir de la torture éternelle.
C'est à ça que tu crois si je crois cette croix que tu portes autour du cou.
La pionne entra dans les toilettes et poussa un cri. Un cri de plus et …
La sirène d'une ambulance retentit en dehors du lycée, au delà du mirador et son gardien gammé. Les sonnettes divines retentissent enfin.
Elle ouvrit complétement les yeux, la mine dépitée. Elle aussi avait entendu cette sonnette.
Tu vas vivre, tu m'entends !
Je ne répondis pas à la question, préférant fixer les yeux empli de larmes de Lame de Rasoir. Il n'y avait qu'une seule question qui me titillait l'esprit depuis que je l'ai vu, et c'était surement le dernier moment pour la poser.
« Tu as déjà fait l'amour ? »
iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii
Personne à part l'Allemand ne comprit le sens de ma question, que ce soit Veste Blanche, Cheveux Gras, Lame de Rasoir où même Pionne Hurlante.
« Non »
J'explosai de rire, tout seul. Sous les impulsions de ce rire, mon bras faillit enlever son poids de ma chemise.
« D'accord ! »
Médecin entra dans les toilettes d'une façon étrange. On aurait put croire qu'il n'entrait pas dans les toilettes pour sauver Lame de Rasoir. Il avait un équipement me paraissant totalement inutile. D'autres personnes entrèrent.
Je vomit, sans raison. La robe de Lame de Rasoir fut tachée de mes restes du repas d'à midi. Cela me donnera une raison de plus de ne plus manger les macaroni périmé depuis l'année dernière. Ensuite, tout alla très vite.
Ils mirent Lame de Rasoir sur un brancard, un homme appuyant sur la blessure. Avant de partir, Lame de Rasoir murmura quelque chose.
« Mi ... »
Je ne sais pas ce qu'elle a voulu me dire, peut-être son nom, son adresse, le nom de sa mère, le nom de son chien. Aucune idée. Et je m'en foutais.
Le médecin m'a simplement dit que ma dernière action avait réduit ses chances à 1 contre 1. Autant de chance de vivre que de mourir. Les paris sont ouverts.
Je m'approchai du Mirador, le fixant des mes yeux bleus. Cheveux Gras et Veste Blanche, choqués de leur vision du jour, me regardaient, ébahis. Je ne m'occupai plus d'eux. Seulement de cette tour allemande.
« Merci »
 
 
 

 

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Veröffentlicht auf e-Stories.org am 19.02.2012.

 

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