Charlotte Paul

Sarah

Le jardin sagite. Les feuilles, tombant de larbre, tourbillonnent en une danse frntique et agile. Les branches, secoues, sortent de leur doux valsement pour devenir orage et tempte ! Les oiseaux quittent le nid, bousculs, effrays, cherchant dsesprment asile dans un lieu plus avenant. Et mme lpouvantail, dhabitude si prompt contredire tout volatile sapprochant de lui, senvole en un souffle vers une destination inconnue.
Puis, plus rien. La petite fille peut alors sortir de sa cachette. Epuise, trempe, cela fait des heures quelle attend, enterre, avec pour seule couverture un gilet en coton que sa grand-mre lui avait tricot. Elle tremble. Elle a peur.
De ses petits bras rondelets elle tente en vain de se rchauffer. Dun regard, elle parcourt ce lieu qui autrefois lui apportait tant de bonheur. Mais tous ses beaux souvenirs semblent stre vapors, comme a, dun coup de vent.
Les arbres sont dsormais affaisss, les fleurs ont perdu leurs ptales, la nature ses habitants.
Trouble par ce quelle voit, la fillette aux yeux sombres dcide pourtant de continuer sa route vers la maison de ses parents. Au moins, l-bas, elle y sera en scurit. La petite savance, doucement, tenant ses poings fermement serrs lintrieur de ses poches, fronant svrement les sourcils. Mais plus elle avance, moins elle reconnat ce quelle voit. Plus elle savance, et plus elle oublie ce qui faisait la beaut dune feuille lautomne, le cliquetis de leau sur la roche, le chant de loiseau lveil de la vie.
Pourtant, elle marche de plus en vite. Le vent la gifle, elle a tellement mal. Elle marche, encore et encore, jetant des regards de tout ct, sursautant chaque tremblement, hoquetant chaque bouffe dair.
Un cri.
Elle court.
Elle ne peut plus respirer, lair nentre plus dans ses poumons, elle touffe, elle a mal, tellement mal, elle voudrait appeler laide, mais elle ne sait plus parler, elle ne sait plus, elle oublie, elle oublie
Elle tombe.

Sarah a 10ans. Une charmante petite bouille ronde, de longs cheveux noirs boucls et de bonnes notes lcole (au grand plaisir de ses parents). Le mercredi, ctait son papie qui la gardait. Il est mort il y a peu. Elle attendait ce jour de la semaine comme on attend le chocolat chaud les jours de pluie. Sarah a eu un petit chat, il y a peu galement Mais il naime pas jouer la dnette et ne sait pas raconter les histoires, lui ! Alors elle sennuie un peu. Les enfants de son ge ne laiment pas beaucoup. Sauf Bibi, mais il a 8ans. Et une visqueuse passion pour les limaces.
Elle, ce quelle prfre, cest rver. A tout. A rien. Ce qui lamuse beaucoup, cest inventer des vies aux gens quelle croise. Parfois, elle imagine la sienne. Dans un autre monde, une autre poque, dans quelques annes
Bien souvent, elle se sent seule.

Sarah pleure. Allonge par terre, les deux paumes recouvrant son ple visage, et les jambes recroquevilles contre son ventre. Sous elle, des feuilles mortes recouvrant le sol, comme un doux cercueil tout prt laccueillir. Elle ne ressent plus rien. Toute souffrance en elle semble lavoir quitte. Mais elle pleure. Sur qui ? Sur quoi ? Peu importe. Les larmes fardent son visage. Puis, elles descendent dans son cou, en un doux collier phmre. Autour du linceul, les pleurs verss depuis des heures font apparatre une rivire. Mais Sarah ne le voit pas, et elle continue, sur la couche terrestre, dverser des torrents de chagrin. Son pauvre petit cur bat de moins en moins vite, ses muscles se dcrispent, le Sommeil recouvre son corps.

Lorsque lt arrivait, son plus grand plaisir tait de partir dans la fort. Juste avant que laube napparaisse, elle partait, en cachette, se faufiler dans la nature. Et lorsque le soleil, timidement, se dvoilait au monde, la petite, impatiente, admirait ses mille rayons se nicher entre chaque arbre, ainsi, en un clair lumineux.
Ensuite, elle rentrait et se recouchait. Si bien que personne ne sut quelle sen allait, toute seule, chaque chaude matine.
Sarah aime le feu qui crpite dans la chemine, son odeur enivrante, sa chaleur rassurante. Le pain qui croustille sous les dents, les bisous de sa maman, le caf qui bout dans la cuisine. Elle aime les discussions dadultes, avec leur grosses voix fortes, leurs rires un peu forcs, et toutes ces choses quils disent et quelle ne comprend pas. Sarah est parfois casse-pieds, elle pose beaucoup trop de questions.

La rivire de larmes emporte Sarah, toujours allonge sur son lit naturel. Autour delle, la vie semble avoir repris son cours. Les oiseaux chantent nouveau leur si joli refrain, les arbres recommencent leur balancement habituel, lcureuil a repris sa qute sans fin. Le vent sest apais. Il est prsent lger et doux, caressant et sifflant, calme et enveloppant. La pluie a cess, le soleil est revenu, apportant avec lui une agrable sensation de volupt.
La petite continue toujours son chemin sur les eaux sales
Mais tout coup, le linceul sarrte, stopp dans son lan par une norme pierre bloquant le passage. Le coup tait tellement fort, quil rveilla Sarah, qui dormait pourtant tellement bien
Dun geste las, elle porte la main jusqu sa tte. Une lgre bosse apparat. La lumire lui pique les yeux. Elle ose peine les ouvrir, les cligne, longtemps. Ca brle un peu. Une douce mlodie arrive jusqu elle. Il lui semble quelle la connat.
Sarah se lve, Difficilement, mais avec assurance. Dun bond, elle saute par-dessus la rivire, et se retrouve terre.
Leau, telle une sve, a nourri la fillette qui vient de spanouir, comme une fleur.
Elle a chang.
Le son se fait de plus en plus insistant. Oui, elle reconnat. Ses longues jambes la portent vers ce bruit familier. La route se trace face elle. Elle la suit. Elle sen va.

 

Alle Rechte an diesem Beitrag liegen beim Autoren. Der Beitrag wurde auf e-Stories.org vom Autor eingeschickt Charlotte Paul.
Verffentlicht auf e-Stories.org am 26.08.2008.

 

Leserkommentare (0)


Deine Meinung:

Deine Meinung ist uns und den Autoren wichtig! Diese sollte jedoch sachlich sein und nicht die Autoren persnlich beleidigen. Wir behalten uns das Recht vor diese Eintrge zu lschen! Dein Kommentar erscheint ffentlich auf der Homepage - Fr private Kommentare sende eine Mail an den Autoren!

Navigation

Vorheriger Titel Nchster Titel


Beschwerde an die Redaktion

Autor: nderungen kannst Du im Mitgliedsbereich vornehmen!

Mehr aus der Kategorie"General" (Kurzgeschichten)

Weitere Beitrge von Charlotte Paul

Hat Dir dieser Beitrag gefallen?
Dann schau Dir doch mal diese Vorschlge an:

Pushing It - William Vaudrain (General)
A Long, Dry Season - William Vaudrain (Life)